Stocker les énergies renouvelables, est-ce rentable ?

Le stockage d’énergie est souvent présenté comme un complément à la production d’énergies solaire et éolienne. Une étude menée par Artelys et financée en partie par le gouvernement français fait le point sur les coûts et l’intérêt du stockage.

Notes sectorielles  | 

Partout, la consommation d’électricité présente des variations en fonction de l’heure de la journée mais aussi de la saison (climatisation, chauffage). Les systèmes de production d’électricité sont donc prévus pour adapter l’offre à la demande. Depuis plusieurs années, on ajoute à ces systèmes des « nouvelles énergies renouvelables », tels que le solaire photovoltaïque ou l’éolien.

Dans la mesure où il n’est pas possible de régler le niveau de production de ces sources énergétiques, car celles-ci varient en fonction de l’ensoleillement et du vent, comment continuer à faire coïncider à chaque instant production et consommation ?

En pratique, il n’existe que trois options. La première consiste à réguler les moyens de production existants, mais ce n’est pas toujours possible à moindre coût. La seconde, à moduler la demande, ce qui a déjà été mis en place par certains industriels qui négocient un effort de réduction d’activité, par exemple les jours de grand froid. Cette démarche de modulation commence à se généraliser à davantage de consommateurs, dans le cadre des réseaux dits « intelligents » (smart-grids). La troisième option consiste à stocker de l’énergie.

L’intérêt de cette dernière approche a récemment fait l’objet d’une étude financée par un consortium d’industriels actifs en France et deux ministères français. Elle a été présentée devant le Ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, et une centaine d’experts et décideurs de l’Association technique énergie environnement (ATEE) qui regroupe des industriels de l’énergie (EDF, AREVA, Boralex etc.). L’étude utilise des simulations technicoéconomiques complexes pour évaluer la taille du marché des filières de stockages électrique et thermique en France à horizon 2030. Elle identifie les freins réglementaires à lever et les technologies porteuses.

Quatre solutions ont été identifiées comme prometteuses :

  • Le stockage d’énergie thermique : chaleur (par exemple l’eau des ballons d’eau chaude domestiques) ou froid ; 
  • La gestion du stockage dans les batteries de futurs véhicules électriques ; 
  • Les services de stockage très réactifs tels que des volants d’inertie ou des batteries ; 
  • Le stockage d’eau dans des grands barrages. 

Cette solution est plus que jamais pertinente. Par exemple, le Québec possède 25 grands réservoirs de ce type permettant de couvrir les besoins de la province pendant resque un an (Source : Hydro-Québec). L’étude démontre qu’on gagnerait à augmenter de plus de 20 % la puissance de production installée en France.

Pour finir, le stockage d’énergie peut se révéler une solution très pertinente dans le contexte de zones non-interconnectées comme les DOMTOM (départements d’outre-mer – territoires d’outre-mer) en France ou le grand Nord au Québec.

Rapport public de l’étude disponible sur le site de l’ATEE :
www.atee.fr

Guillaume Tarel, Vice-Président, Artelys Canada Inc.
Laurent Fournié, Directeur de projets, Artelys SA

Paru dans Action Canada-France, Développement économique durable : avancées et perspectives, janvier 2014.

 

 

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