Publié le : 06/01/2010
Pourquoi il ne faut pas sous-estimer la Corée
Philippe Li, le président de la chambre de commerce franco-coréenne analyse les points forts de l’économie coréenne, dévoilés par l’annonce du contrat nucléaire des Émirats arabes unis.
Pourquoi il ne faut pas sous-estimer la Corée
L’annonce de la sélection
du consortium sudcoréen
pour la construction
de quatre centrales
nucléaires aux Émirats
arabes unis a fait l’effet
d’une bombe pour beaucoup. Comme
c’est souvent le cas en matière sportive
lorsqu’une équipe nationale subit un
revers, on s’en prend aux joueurs de son
équipe (en l’occurrence, le consortium
formé par Areva, EDG et GDF Suez)
avant de reconnaître les mérites de son
adversaire. Alors que ses atouts sont
souvent mésestimés, la Corée du Sud,
treizième puissance économique mondiale,
est emblématique de ces pays
émergents qui rattrapent à pas
de géant leur retard sur les grandes
puissances. Au-delà de ce contrat,
il y a peut-être pour la France
et ses entreprises des enseignements
à tirer de cette expérience.
Alors qu’il était l’un des pays les
plus pauvres de la planète dans
les années 1960, ce pays a
multiplié par 243 son PIB par
habitant en trente-huit
ans. Concentration et
dirigisme économique lui
ont permis, comme à
d’autres, de se focaliser sur
des secteurs érigés comme des
priorités nationales, d’où l’émergence
de champions japonais, coréens et
bientôt chinois dans l’électronique, l’automobile
ou les chantiers navals. Depuis
longtemps, de nombreuses entreprises
coréennes et asiatiques ont été capables de
discerner les secteurs recélant les plus gros
potentiels d’avenir : actuellement les
écrans à cristaux liquides ou la téléphonie
mobile, demain sans doute les énergies
renouvelables ou les biotechnologies.
On travaille également beaucoup plus
en Asie qu’en Europe ; plus de
2 100 heures de travail par an en moyenne
en Corée du Sud quand on ne dépasse pas
1 400 ou 1 500 en France. Ajoutons à cela
la vitesse d’exécution dont savent faire
preuve les Asiatiques. Les Coréens ont
notamment tiré de leur situation récente
de précarité un esprit de résilience
constant. Cela se traduit au quotidien par
une volonté exacerbée de dépasser ses
concurrents, une mise sous pression poussant
à agir dans une forme d’urgence. Les
Coréens n’appellent pas cela du suractivisme
; c’est leur manière d’être compétitifs.
Ainsi, le processus de fabrication
de cigarettes ou de produits cosmétiques
entre la conception et la mise sur le marché
prend deux fois moins de temps en
Corée du Sud que dans la plupart des pays
européens. En outre, travailler vite
et bien ne suffit pas. L’environnement
social pousse sans cesse à l’émulation.
Progresser et se dépasser est véritablement
une condition de survie pour chacun,
d’où le nombre important de salariés
optant pour des cours du soir sans que
l’entreprise contribue nécessairement
à leur financement.
La vie collective est également ancrée
dans les moeurs et la culture de chacun.
On apprend aux gens à travailler ensemble
dès leur plus jeune âge parce que le fonctionnement
de la société repose sur le
groupe. Lorsqu’un projet est considéré
comme un enjeu national aux yeux
du monde extérieur, la mobilisation est
totale, qu’il s’agisse d’un contrat nucléaire
ou de l’organisation du G20, qui
se tiendra à Séoul au mois de novembre
prochain. Chaque échéance est
l’occasion pour le pays de se fixer
des défis et de progresser.
Et la France dans tout cela ? Par son
histoire, sa vision et ses valeurs, la France
est peut-être le pays le plus globalisé au
monde, mais elle donne parfois l’impression
de l’avoir oublié. À l’étranger, elle
donne parfois l’image d’un pays morose,
replié sur lui-même, essentiellement
préoccupé par des considérations
hexagonales, alors que d’autres pays
ne cessent d’évaluer leur compétitivité,
de « benchmarker » les autres puissances
et sont obnubilés par la course
à la performance mondiale.
Aujourd’hui, ce sont ces pays que l’on
appelle encore émergents qui fixent les
règles du marché international, car ils sont
dotés des entreprises les plus agressives et
les plus conquérantes sur les marchés
extérieurs. Ils consacrent des efforts
considérables à la recherche et au développement
(la Corée y a investi 29 milliards
de dollars en 2008).
Prendre la mesure de ces pays, c’est
également être plus présent sur leurs
marchés pour y trouver des débouchés
commerciaux, mais également s’y enrichir
et y développer des alliances industrielles
et technologiques. Certaines entreprises
françaises ont fort opportunément
compris le potentiel et l’avantage que
pouvaient apporter des partenariats de
cette nature, car les avantages peuvent
être doubles : recherches conjointes et
développement de marchés en commun.
Article issu du journal le Figaro du 4 janvier 2010
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