Publié le : 10/12/2009
Les origines et l’évolution de la crise islandaise
l Editorial de Emmanuel JACQUES, Président de la Chambre de Commerce et d’Industrie Franco‐Islandaise l
L’Islande est la plus grande victime de la crise financière parmi les pays développés. A force de trop jouer avec un marché financier dé-régulé, ses banques se sont brûlées les ailes. Pour autant, lui infliger une dette internationale qui condamne une génération entière parait déraisonnable. Si certains perdent espoir et s’en vont, d’autres repartent déjà de l’avant car l’Islande recèle une population très éduquée dont les capacités créatrices sont peu communes.
L’Islande est un pays merveilleux aux confins du plateau continental européen, au nord de l’Écosse. Sa population de seulement 320 000 habitants aujourd’hui (beaucoup moins il y a cinquante ans) était pauvre et vivait en autarcie avec pour seul revenu la pêche. Son principal handicap était en effet, son isolement géographique. Cependant, le développement des transports maritimes et aériens après la Seconde Guerre mondiale et l’abaissement des droits de douane dans le monde développé, lui a permis d’exporter sa production. Ainsi, depuis 1950, un bien être matériel relatif est né de l’opportunité offerte aux Islandais de sortir de leur isolement. Ce bien être s’est traduit dans le taux de fécondité de l’après guerre. Aujourd’hui, la moyenne d’âge de la population de l’Islande n’est que de 37 ans ! L’Islande s’est investie considérablement dans l’éducation et la formation de sa population suite à l’élévation de son niveau de vie.
Ainsi, lorsque la révolution technologique de l’économie numérique est apparue, la nouvelle génération issue du baby‐boom de l’après guerre, formée dans l’excellence éducative et l’ouverture sur le monde, a profité pleinement de l’effet de démultiplication que confèrent l’informatique et Internet. L’adhésion de l’Islande à l’Espace économique européen en 1994, l’a arrimée définitivement à l’Europe tout en lui offrant un nouvel espace de liberté pour entreprendre.
Au début des années 1990, cette nouvelle génération, enthousiasmée par les possibilités qu’offre Internet pour se réaliser, est partie à la conquête des nouvelles technologies avec un succès tout à fait extraordinaire s’agissant de domaines n’ayant rien à voir avec les activités traditionnellement développées par leurs pères : la recherche génétique et la génétique appliquée (Decode Genetics), les médicaments génériques (Actavis), le business to business aéronautique (Aviation group), les nouvelles technologies appliquées à l’agroalimentaire (Marel), les jeux vidéo en ligne (CCP‐Games), les énergies renouvelables (Geysir), la finance internationale, l’immobilier, les prothèses médicales (Ossur), la plasturgie (Promens), etc.
Voici donc un tout petit pays s’élançant vers l’Europe continentale et choisissant comme bases opérationnelles l’Angleterre (premier partenaire depuis le ravitaillement des troupes alliées en poissons pendant la Seconde Guerre mondiale), la France et les pays d’Europe du Nord. Près de 8 000 Français travaillaient ainsi pour des entreprises, filiales de sociétés islandaises (Labeyrie, Delpierre et Blini sont des filiales d’Alfesca ; Promens France, Actavis France, Gibaud sont des filiales d’Ossur ; Cinquième Saison est une filiale de Bakkavor, etc.).
Mais l’Islande devait faire face à son deuxième handicap pour le financement de son économie : la taille de sa population.
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