Publié le : 16/07/2010
Le marathon des architectes en Chine
Urgence des échéances et projets surdimensionnés rendent passionnant et difficile l’exercice du métier d’architecte.
S’il y a un pays où les immeubles poussent
plus vite que leur ombre, c’est bien en
Chine. En 2007, la moitié des nouveaux
bâtiments construits dans le monde le
furent en Chine, et en 2018, le marché de
la construction chinois aura dépassé celui
des États-Unis, affirme le cabinet Global
Construction Perspectives*. Le diesel de
ce boom est évidemment l’urbanisation :
en 30 ans de réformes, la population
urbaine est passée de 19% à 46,6%.
Peu développé il y a quinze ans, le métier
d’architecte a depuis naturellement fait
(orès, et les cabinets étrangers se sont
précipités sur la manne chinoise. Objectif :
répondre à la fois à l’énorme besoin en
infrastructures publiques, en logements
et en constructions « cartes de visite » pour
des villes à la recherche d’une identité
visuelle, ce que Françoise Ged, directrice
de l’Observatoire de l’Architecture de la
Chine contemporaine à Paris, appelle le
« marketing international des villes ».
Quel constat peut-on dresser aujourd’hui
dans un pays qui fait 5gure de paradis pour
architectes ? D’abord que si les grands
cabinets étrangers, très attendus sur le
terrain, ont réussi, en dix ans, à se faire un
nom, une trentaine d’architectes chinois,
tel Ma Quigyun et son agence MADA
s.p.a.m.1, sont aussi devenus des vedettes,
même si les bâtiments emblématiques
telle la tour de CCTV restent l’apanage
des étrangers.
Des projets démesurés
Ce qui fait courir les architectes en Chine,
c’est d’abord la taille et le nombre de
projets. « Quand je suis arrivé en Chine
il y a 12 ans, c’était le Far West. Tout était
possible et c’est encore vrai aujourd’hui »,
raconte Gabriel Delage, co-fondateur
du cabinet Vector Design, à Shenzhen.
Comme dans la France des années 50 et
60, en Chine, les architectes ont en charge
de plani5er rien moins que des villes.
Alexandre Perrossier, directeur de projet
au cabinet Valode &Pistre à Pékin, connaît
bien le sujet : il travaille sur un projet de
centre commercial de 100 000m², auquel
se greffera un autre de 30 000m², deux ou
trois hôtels de 30 à 40 étages, 200 à 300
villas étalées sur 1 million de m². Le tout dans trois villes différentes. Autant dire
que par rapport à la France, où un projet
de 2 000 m² est déjà considéré comme
un beau projet, l’aventure chinoise est
plutôt grisante.
Mais tous les architectes installés en
Chine ne sont pas amenés à bâtir des
bâtiments expérimentaux, fruits de leur
fertile imagination. Comme l’explique
Emmanuel Breffeil, directeur exécutif du
cabinet Suda², « les prouesses techniques
ne représentent que 0,2% des nouveaux
bâtiments construits en Chine ». Et à en
croire Zou Huan, professeur associé au
département d’architecture de l’Université
de Tsinghua, « si la liberté de créer est
réelle au niveau des esquisses, elle n’est
pas nécessairement respectée par le
maître d’ouvrage, qui n’a pas toujours une
grande culture architecturale et n’imagine
pas qu’il est important de respecter le
projet de l’architecte ». Ceci est encore
plus vrai pour les cabinets étrangers.
N’ayant pas de licence leur permettant
de réaliser les plans de construction, à
moins de passer l’examen en chinois,
donc de connaître sur le pouce toutes
les règles de construction en Chine, ils
n’ont pas les moyens de vérifier que
les plans d’exécution correspondent
point par point à leur projet de départ.
« Nous soumettons notre design à un
institut qui réalise 60% de notre projet,
explique Francis Jacquier, partenaire du
cabinet Archiplein, à Shanghai. Il y a des
problèmes de transformation du design
car les architectes qui reprennent le
projet, n’étant pas à la source, sont moins
impliqués et ne réfléchissent pas au
concept initial. » [...]
Télécharger l’article complet :
Un article issu de Connexions numéro 54,
Juillet 2010
Une publication de la Chambre de Commerce et d’Industrie Française en Chine.
Chambre de Commerce et d’Industrie Française en Chine
Tél : (+86 10) 65 12 17 40 - Fax : (+86 10) 65 12 14 96
@ : ccifc-pekin@ccifc.org
Sites : www.ccifc.org - www.connexions.ccifc.org
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