USA l San Francisco - Dans le quotidien des Français de la Silicon Valley

A l'occasion des French American Business Awards 2016, organisés par la CCIF San Francisco, la rédaction du Magazine Décideurs est allée à la rencontre d'entrepreneurs français qui ont voulu tenter l'aventure du rêve américain.

Bilan des évènements  | 

Ces Français à l'assaut de la Silicon Valley

À l’occasion de la troisième édition des French American Business Awards qui s’est déroulée le 25 mai 2016 à San Francisco, la rédaction de Décideurs Magazine s’est plongée au cœur de l’écosystème français évoluant au sein de la Silicon Valley. Reportage.

10h55. Le superbe A380 d’Air France décolle de Roissy-Charles-de-Gaulle. Marine, ma collègue passionnée par les start-up, et moi-même nous envolons pour San Francisco. Nous allons passer sept jours à rencontrer des entrepreneurs français à l’occasion de la troisième édition des French American Business Awards (Faba) organisée par la Chambre de commerce franco-américaine de San Francisco en partenariat avec Leaders League. Confortablement installés à bord du superjumbo, nous préparons notre premier rendez-vous. Nous devons rencontrer Samir Addamine, un entrepreneur originaire de Vesoul. Âgé de 43 ans, il est le fondateur de Followanalytics, une entreprise spécialisée dans la relation clients mobile. En 2013, son projet en tête, Samir Addamine est allé présenter un concours de start-up à San Francisco et a terminé dans les cinq finalistes. Ce succès lui a permis d’obtenir un article dans le Wall Street Journal et de se faire repérer par des investisseurs. C’est ici que son aventure américaine démarre. Tout d’abord par une levée de fonds de trois millions de dollars. Puis avec un déménagement. Tout en gardant un pied à Paris, Samir Addamine part s’installer avec femme et enfants à San Francisco en 2014. « Dans l’univers du software dans lequel j’évolue, il est indispensable de venir ici », explique-t-il. Il y trouve tout un écosystème qui fait, selon lui, défaut à la France. En matière de financement, « si BPIFrance propose une offre intéressante, il n’empêche que le pays est loin de fournir les mêmes opportunités que ce que l’on peut trouver aux États-Unis », déplore-t-il. Mais la carence française ne s’arrête pas là. « J’avais également besoin de développer des partenariats technologiques avec les plus grandes entreprises : Salesforce, SAP, Oracle… Tous sont installés ici », précise-t-il. En à peine trois ans, l’homme a su séduire plusieurs grands groupes, parmi lesquels BNP Paribas, Allianz, Wells Fargo ou encore Axa. Sa réussite est exemplaire au point d'inspirer plusieurs jeunes aujourd’hui, comme Thomas Agaraté, fondateur et CEO de Slick, une start-up spécialisée dans la création de stabilisateurs de Go Pro. « Samir est quelqu’un d’exceptionnel », considère-t-il. Originaire du sud de la France, lui aussi a quitté l’Hexagone à tout juste 23 ans pour se lancer dans une aventure entrepreneuriale. Grâce à son idée, Thomas Agaraté a réussi à lever 270 000 dollars en à peine un mois fin 2015. Aujourd’hui, après avoir effectué quelques recrutements, il se lance dans une phase d’industrialisation de son produit avec, pour objectif, la vente de 100 000 unités en 2017.

(SOCIAL) BUSINESS

Les exemples similaires sont nombreux dans la Bay. Au fil des rencontres, Marine et moi-même sommes frappés par le dynamisme ambiant. Tous les entrepreneurs sont animés par un enthousiasme, une volonté et un courage à toute épreuve, quelles que soient leur origine ou leur activité : du chauffeur Uber au patron de pépite de la tech, en passant par le commerçant du coin. Mais un autre élément nous marque. Alors que le taux de chômage est très faible – moins de 5 %–, que tout entrepreneur avec une bonne idée est libre de lancer son projet et de le réussir, une grande pauvreté sévit ici. Nombreux sont les SDF à vagabonder et mendier dans les rues de San Francisco. Un triste contraste que Nicolas Hazard tente d’estomper. Connu en France pour avoir fondé le Comptoir de l’innovation, ce jeune trentenaire a lancé Calso, une entreprise sociale qui vise à « briser les obstacles majeurs pour les personnes défavorisées ». Nicolas Hazard a démarré son activité à Palo Alto, au pied des sièges de Facebook, de Salesforce et d’autres symboles de la tech. « Aux États-Unis, on parle beaucoup de business, mais peu de "social business" », explique-t-il. Sceptiques au début, ses partenaires ont vite été conquis par son concept qui forme des personnes en difficulté – SDF, anciens prisonniers… – sur des métiers durables dans l’optique de (re) trouver rapidement un emploi. « Nous avons, en quelque sorte, importé les modèles français des contrats d’insertion », avance Nicolas Hazard. Fort de ce succès, il souhaite aujourd’hui dupliquer ce social model partout aux États-Unis et, pourquoi pas, « dans le monde ».

THE FRENCH COMMUNITY

Cet élan de solidarité, nous le retrouvons également au sein de la communauté française installée dans la Bay. « Il existe beaucoup de réseaux d’entrepreneurs français », explique Sophie Woodville Ducom, directrice exécutive de la chambre de commerce franco-américaine de San Francisco. La communauté s’est considérablement développée et organisée au cours des dernières années. Au point de constituer, en quelque sorte, un « village gaulois dans la vallée », poursuit-elle avec humour. Qu’il s’agisse d’échanges lors de dîners informels ou de véritables groupes de réflexion réguliers, les entrepreneurs français font bloc. « La communauté fait preuve de beaucoup d’entraide. C’est un excellent réseau », confirme Servane Demol, CEO de Codeforfun, qui est installée depuis près de quinze ans dans la région. En atteste la relation qui s’est instituée entre Samir Addamine et Thomas Aragaté. Le Vésulien coache une heure par semaine le jeune startuper afin de l’aider à accomplir ce projet. « Cela m’apporte beaucoup », confie ce dernier. Cette solidarité explique peut-être, en partie, le succès que rencontrent nombre d’entrepreneurs français ici. Des réussites que cette nouvelle édition des Faba illustre bien. Durant toute une soirée, une petite vingtaine de Frenchies ont été récompensés et encouragés. Plusieurs centaines d’Américains et de Français sont venus assister à l’événement, parmi lesquels Anne Lauvergeon, l’ex-patronne du groupe Areva qui a aujourd’hui pris la présidence de plusieurs start-up et PME, dont Sigfox. Un clin d’œil emblématique pour ces Français aujourd’hui à l’assaut de la Silicon Valley.

Mathieu MARCINKIEWICZ

Source Magazine Décideurs

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