Turquie - Le Volontariat International en Entreprise, comment ça se passe ?

Lepetitjournal.com d’Istanbul a rencontré 2 expatriés en Volontariat International en Entreprise à Istanbul, hébergés par la CCIF Turquie.

Opinion, Services commerciaux  | 

Le Volontariat International en Entreprise (V.I.E.) est une initiative française d’expatriation à l’étranger au sein d’entreprises françaises, petites comme grandes, pour les jeunes diplômés, de 18 à 28 ans. En plus de permettre une expérience enrichissante à la sortie du diplôme, le V.I.E. encourage également le rayonnement des entreprises françaises à l’étranger. Lepetitjournal.com d’Istanbul a rencontré deux expatriés à Istanbul en volontariat, hébergés par la Chambre de Commerce Française en Turquie (portage salarial, mise à disposition de bureaux et de services) ainsi que le directeur des anciens V.I.E. de Turquie afin de comprendre mieux ce qui se cache derrière cet acronyme

Interview réalisée dans le cadre d’une collaboration www.lepetitjournal.com/Istanbul - Chambre de Commerce Française en Turquie née en octobre 2009. Tous les mois, un résumé de l’actualité et un portrait d’entreprise sont publiés dans les deux supports que sont www.lepetitjournal.com/istanbul et la Lettre mensuelle de la CCFT, "Les Nouvelles de la Chambre".

Lepetitjournal.com d’Istanbul : A quoi correspond pour vous le V.I.E. et comment l’envisagez-vous ?

Melissa Tuğcu, 24 ans : Le V.I.E., ou Volontariat International en Entreprise, est un système mis en place par le gouvernement français pour encourager le développement des P.M.E. à l’international. Il permet aux jeunes diplômés de partir à l’étranger et d’avoir une expérience entre six mois et deux ans, au sein d’une entreprise française implantée à l’étranger, ou seule à l’étranger, ce qui est mon cas, mais hébergée par des entités françaises, comme la chambre de commerce, pour développer les activités à l’export ou créer la filiale d’une entreprise française. 

Qu’est-ce qui vous a attiré dans le V.I.E., et pourquoi la Turquie ?

M.T. : Tout d’abord je suis d’origine turque, donc j’ai toujours été intéressée par la culture turque et l’histoire de la Turquie. J’en avais une idée vague, très utopique car j’entendais surtout les propos de mes parents qui rêvaient de revenir en Turquie. Ce qui m’a intéressé dans un premier temps c’était de me renseigner concrètement sur la Turquie, donc pour cela après une licence en économie et gestion, j’ai fait un master en management international et interculturel, spécialisé dans le domaine culturel de la Turquie. Donc j’ai pu me renseigner sur la vraie histoire de la Turquie et mes origines. Ensuite je me suis lancée en Erasmus pour ma deuxième année de master. Après ce semestre d’Erasmus j’ai fait un stage de six mois en Turquie, pour bien me renseigner à nouveau sur le marché turc. Pour moi c’était comme un test, pour savoir si oui ou non je voulais rester ici. Après ce stage, je me suis rendu compte que le monde du travail dans les entreprises turques n’était pas le même qu’en France ; niveau horaire, niveau intensité, les rapports entre le supérieur et les salariés ne sont pas les mêmes qu’en France. Ça ne me plaisait pas du tout. Après ce stage j’ai décidé de chercher d’autres opportunités. Rien qu’en entretien je sentais que ce n’était pas la même chose que ce que l’on aurait pu me proposer en France. 

C’est-à-dire ?

M.T. : Rien qu’à la lecture des annonces, des offres d’emploi, on se rend compte qu’il n’y a pas un cadre comme en France. On peut très bien demander une "jeune femme de trente ans", "très présentable". Des critères d’âge et de sexe par exemple, ce qu’on n’aurait pas pu faire en France. Et le V.I.E. pour moi c’était finalement le seul moyen qui aurait pu faire que je puisse rester en Turquie. 

Quelle est votre vision du V.I.E., pourquoi avoir choisi d’en faire un, et pourquoi Istanbul ?

Charles Manche, 25 ans : J’avais effectué un échange universitaire Erasmus il y a maintenant cinq ans en Turquie. C’était proposé par Siences Po, et la chance c’était qu’on pouvait partir pendant un an pour une grande destination. J’ai choisi la Turquie car j’avais un intérêt pour la région. J’ai d’abord pensé aux pays arabes et c’est ensuite que j’ai pensé à Istanbul parce que je trouve que ce n’est pas très connu en France. Bien sûr, j’ai beaucoup aimé, j’ai commencé à apprendre la langue, qui m’a passionné elle aussi. A la fin de cet échange j’ai voulu revenir en Turquie pour travailler, si possible en turc. Le V.I.E. est apparu comme LE contrat permettant d’avoir une bonne qualité de vie ici, car les contrats turcs ne donnent pas les mêmes garanties qu’en France. Et en même temps, travailler pour les entreprises françaises, si possible développer leur stratégie d’export ici, c’est un gros challenge. 

Quelle est votre rôle dans votre entreprise en tant que V.I.E. ?

M.T. : Je travaille pour une entreprise, Altilis, qui est distributrice d’additifs pour la nutrition animale. Mon rôle c’est du business développement. Il faut que je crée l’activité de cette entreprise en Turquie, que je distribue les produits que l’on a en Turquie, le but ultime serait de créer la filiale en Turquie. 

C.M. : J’ai rencontré l’entreprise DEF marine quand j’étais en prospection à Istanbul et que je cherchais du travail. C’est une petite structure, d’environ 5 personnes qui s’occupent du marché marin pour cette entreprise, qui est une entreprise de détection incendie. Elle fait partie d'un grand groupe, DEF, basé à Massy près de Paris, qui s’occupe de la sécurité incendie et de diverses activités connexes dans toute la France. J'ai été embauchée par la structure s'occupant de la partie marine, qui avait un fort potentiel à l'export, mais sous exploité. Car ils n'étaient pas assez (nombreux) pour prospecter le marché à l'export. Ils voulaient se diversifier et être moins dépendants des principaux clients que sont la marine nationale, surtout française. Pour la prospection, on s’est allié avec une entreprise de conseil turque, composée d’anciens membres de la marine turque, pour nous aider à pénétrer le marché, qui est, en tout cas pour la marine militaire, un marché assez fermé. Moi, je suis responsable pour la branche d’étude de marché, de la construction navale et des équipements navals. Je suis en charge de prospecter, trouver des clients, faire des partenariats, pour commencer nos exports ici et éventuellement aussi dans d’autres zones selon les opportunités. On a des projets qui demandent du travail dans différents pays, comme Singapour, le Brésil, le Maroc, l’Arabie Saoudite, donc je pourrais être amené à travailler sur d’autres projets à l’export. 

Ça vous intéresserait d’aller à l’étranger ensuite ?

C.M. : A court et moyen terme, je souhaite rester en Turquie car c’est devenu comme chez moi ici. Mais je peux les aider sur les projets à l’export en me déplaçant. Istanbul est un Hub au niveau transports que ce soit au niveau Moyen-Orient ou même Asie, donc c’est assez pratique d’être basé ici même si on a des projets dans d’autres pays. 

Donc, vous parlez turc ?

M.T. : Oui, je parle turc. Je parlais déjà turc grâce à ma famille, où l’on parle français et turc. Grâce à mon master j’ai pu avoir des cours de turc, avec un professeur qui venait de Turquie, puis grâce à mon Erasmus, j’ai pu faire la transition en douceur entre la France et la Turquie. 

Quelle est la durée de votre VIE ?

M.T. : Je suis à Istanbul depuis un peu plus d'un an, mais c'est depuis octobre que je suis ici en V.I.E. Mon contrat de volontariat s'étale sur deux ans, le maximum, ce qui est rare aujourd'hui.

C.M. : On a fait le contrat sur un an, c’est une aventure pour moi comme pour eux. On a fait l’étude de marché mais il n’y a pas de garanties. Un développement à l’export c’est toujours une aventure, il n’y a pas de garanties que ça va marcher, mais on l’espère bien. On a commencé début septembre et on fait le point un an après, voir où on en est, en espérant que ça continue un an de plus. Selon le succès que j’ai, cela pourra continuer ou alors je pourrai voler vers de nouvelles aventures. 

Pour l’instant, est-ce une bonne expérience ?

M.T. : Pour l’instant c’est une super belle expérience. Je pense que si j’étais restée en France je n’aurais pas eu ces responsabilités-là. J’ai vraiment le droit de toucher à tout parce que je suis toute seule ici, je dois m’occuper de tous les points qui concernent le développement de notre activité et la création de la filiale. S’il y a des points législatifs à voir, il faut que je le fasse moi-même, s’il faut trouver des clients, des partenaires, il faut que je les cherche, s’il y a de la comptabilité, il faut que je le fasse aussi. C’est vraiment multidimensionnel, je dépends de mon responsable en France qui me donne des directives, ça reste vraiment multifacettes, très formateur. 

C.M. : Pour l’instant c’est une bonne expérience oui. C’est vraiment différent de toutes les expériences professionnelles que j’ai pu avoir. Le fait de travailler seul en Turquie, c’est à la fois une chance pour la flexibilité et un challenge pour savoir demander ce dont on a besoin. Nouer les relations avec les différents contacts, à la fois à Nantes, là où est basée l’entreprise qui m’emploie, DEF marine, et au groupe là où je peux avoir du soutien, des fonctions de support. Je pense qu’il peut y avoir des semaines un peu difficiles, mais on apprend beaucoup. Plus ça va, plus je me sens à l’aise et confiant dans cette mission. 

Recommanderiez-vous le volontariat international en entreprise ?

C.M. : Oui, je recommanderais le V.I.E ! 

M.T. : Je le recommanderais à 200%, surtout aux Franco-Turcs, je trouve qu’il n’y en a pas beaucoup autour de moi. Alors que je trouve que l’une des compétences phare d’un V.I.E. devrait être la connaissance de la culture du pays et on voit qu’il y a énormément de gens qui se lancent dans un pays sans vraiment le connaître à l’avance. 

Benjamin Ceyhan, 29 ans, directeur des anciens V.I.E nous décrit ce club V.I.E :

Nous avons un club qui s’appelle le club V.I.E., qui regroupe les anciens V.I.E. qui ont terminé leur mission, qui continuent soit dans le pays ou qui sont rentrés en France. Je suis le président de cette organisation en Turquie. Il faut savoir que le club V.I.E. est un club international qui regroupe tous les anciens VIE/A, CSN et VSN, que ce soit en Turquie, en Europe, en Afrique, en Asie, en Amérique. Donc moi je suis le président pour la région Turquie, uniquement. 

Quel est votre rôle en tant que président ?

C’est juste d’animer le réseau. Donc organiser les rencontres entre les V.I.E. actuels et les anciens V.I.E. qui sont toujours sur place localement. Animer les relations entre notre réseau et le réseau global dont le siège se situe à Paris. Et entretenir la relation avec la chambre de commerce, BusinessFrance et notre réseau V.I.E. 

Le réseau V.I.E. en Turquie ne se résume donc pas à Istanbul ?

Non, il y a plusieurs villes. Il y a une cinquantaine de V.I.E. en Turquie actuellement, 90% sont à Istanbul, mais il y a des V.I.E. à Antalya, à Mersin, à Izmir, à Bursa et à Antalya. 

Pourquoi vous êtes-vous intéressé au V.I.E. ?

C’est l’international tout simplement. Je suis diplômé d’une école de commerce et l’attrait pour l’international c’est quelque chose qui est venu naturellement. Cette envie d’expatriation tout de suite après le diplôme, ce qui est quasiment impossible dans le marché actuel, quand on est jeune, quand on n’a pas trop d’expérience. Concernant le V.I.E., c’est fait pour les jeunes entre 18 et 28 ans, il faut avoir entre Bac +3 et Bac+5. C’était la meilleure porte pour moi pour m’expatrier. 

Que faisiez-vous dans le cadre de votre VIE ?

Mon V.I.E. s’est terminé au mois d’avril dernier, je continue en contrat détaché. Je continue la même mission, je suis responsable de zone pour le groupe Sup de Co la Rochelle. Je m’occupe du recrutement des étudiants, de l’accompagnement jusqu’à La Rochelle, des partenariats universitaires, donc les doubles diplômes ou les partenariats échanges en Turquie et dans le Moyen-Orient. Et enfin je m’occupe aussi des relations entreprises entre l’école et les entreprises françaises qui se situent ici. 

Un V.I.E. c’est donc eux ans maximum et ensuite si cela se passe bien il est possible de continuer ?

Exactement, c’est souvent le cas, enfin pour moi en tout cas. J’ai fait mon V.I.E., et à la fin au lieu de retourner en France le siège m’a proposé de continuer la mission ici. J’ai accepté, bien sûr, on peut faire ça sous la forme d’un contrat détaché, ou continuer sur un C.D.D., sur un CDI, sur un contrat d’expatriation. Il y a plusieurs personnes qui sont dans ce cas, des amis à moi qui étaient V.I.E. comme moi et qui aujourd’hui sont encore en Turquie et continuent en contrat expatriés. D’autres continuent en contrat local, bien sûr. 

Vous parlez donc turc ?

Oui, je suis franco-turc. Au début je ne parlais pas trop bien le turc. Mais c’est sur place qu’on pratique, c’est avec la pratique que vient l’expertise. Du coup aujourd’hui oui je parle très bien le turc, le français et puis l’anglais, bien sûr. 

L’expérience de V.I.E. a-t-elle été enrichissante pour vous ?

Oui, bien sûr parce qu’on vous donne une responsabilité que l’on ne vous aurait pas donné en France. Quand on vous envoie en expatriation, vous êtes jeune, on vous fait confiance, vous êtes développeur de projets. Souvent le type de job qu’on a en V.I.E. c’est développeur commercial, c’est-à-dire que c’est vous qui gérez la zone, qui faites l’étude de marché, qui défrichez le terrain. Soit vous êtes contrôleur de gestion, vous arrivez dans la structure locale et vous contrôlez la gestion des entreprises etc.

Recommanderiez-vous le volontariat international en entreprise ?

Oui, bien sûr. Pour tous ceux qui veulent s’expatrier directement après leurs diplômes, le V.I.E. c’est le meilleur moyen de s’ouvrir à l’international, de découvrir un nouveau pays, et fiscalement aussi.  On en parle moins, mais quand on a le statut de V.I.E. on est exonéré d’impôts pendants nos deux années, car on touche une rémunération et non un salaire. On est couvert par l’assurance de BusinessFrance. Aussi pour les entreprises c’est un coût moindre que de prendre un salarié. Du coup, le V.I.E. c’est un bon plan à la fois pour les entreprises mais aussi pour les jeunes qui débutent dans la vie active. Donc je le recommande fortement. 

Propos recueillis par Nolwenn Brossier - jeudi 26 novembre 2015

Contacter la CCIF Turquie

© 2017 FRANCE MONDE EXPRESS