"L’Équateur n’était pas prêt"

Témoignage de Nicolas Brouillet Directeur de la CCIF Équateur à Quito, au journal le Midi Libre. Il revient sur le terrible tremblement de terre survenu en avril dernier.

Opinion  | 

Comment avez-vous vécu ce tremblement de terre ?

Nous étions à Salinas dans la Province de Santa Elena, la pointe continentale la plus à l’ouest d’Amérique du Sud. À 260 km au sud de l’épicentre mais à la même altitude. Le ressenti fut bien moindre qu’à l’épicentre. En revanche, les gens se sont alarmés et sont tous rentrés sur Guayaquil, à deux heures de route, car de fausses rumeurs sur les réseaux sociaux indiquaient qu’un tsunami allait toucher les côtes. Les gens ont été assez traumatisés avec des répliques incessantes. Plus de 700 et jusqu’à 6,3 (sur l’échelle de Richter, NDLR) ont tenu en alerte tout le monde. Les principales villes ont interdit toute représentation ou événement public, l’ouverture des bars et lieux nocturnes jusqu’au samedi 23 avril, soit une semaine plus tard. C’est la plus forte catastrophe depuis plus de 67 ans et un des séismes les plus meurtriers d’Amérique du Sud.

«602 décès, 130 disparus, 113 secourues, plus de 12500 blessés... »

Quelle est la situation en Equateur ?

Au 22 avril à 13 h 30, heure locale, voici les chiffres que nous enregistrions : 602 décès, 130 disparus, 113 secourues, plus de 12500 blessés, presque 30000 personnes déplacées, plus de 7000 bâtiments détruits et 2750 affectés. Pour le moment, une Franco-équatorienne a perdu la vie et un Français reste disparu... L’Équateur n’était pas prêt pour affronter une catastrophe de telle ampleur. Les autorités se sont énormément retardées pour intervenir, des secouristes de pays étrangers arrivaient sur place plus de 90 heures après les faits et les chances de retrouver des survivants étaient bien faibles. Les autorités ont été débordées.

Et les gens ?

Le peuple équatorien et la société civile ont montré une générosité, une entraide et une solidarité sans précédent. Journalistes américains et latins l’ont souligné. Dès le lendemain du séisme, des campagnes de donations de vivres, d’habits et de médecine se sont organisées dans tous les recoins du pays. Vivant sur place depuis 4 ans et connaissant les Équatoriens, j’ai été agréablement surpris. Les réseaux sociaux, malgré la présence de désinformation, ont été un vecteur important dans les démarches effectuées. Ce qui est dommage, c’est que la coordination organisée par le gouvernement a parfois servi de propagande à 10 mois des élections présidentielles.

Quels sont les problèmes maintenant ?

Différentes pénuries ont été enregistrées comme l’accès à l’eau potable et à l’eau pour se laver, aux cercueils, aux produits d’hygiène. Après, beaucoup d’actes de malveillance ont été observés : des vols de donations, de deux camions remplis de vivres et d’eau… Enfin, un ami proche m’a indiqué que, dans certains endroits, peu de maisons étaient détruites mais que tout le monde était dans la rue pour demander de la nourriture, de l’eau. Beaucoup ont abusé de la situation.

«Reconstruire mais aider la population à retrouver une vie saine et normale»

Quelles ont été les zones et les secteurs les plus touchés ?

La province de Manabi, une des plus belles du pays, a été de loin la plus touchée. Que ce soit au niveau humain et structurel, de nombreuses pertes ont été enregistrées notamment dans Portoviejo et Manta, ses deux plus grandes villes. Ensuite, le sud de la province d’Esmeraldas, les provinces de Los Rios, de Santo Domingo et de Guayas ont aussi été affectées. Le reste des provinces touchées, les dégâts et pertes sont quasi inexistants. D’un point de vue économique, Manta, une des capitales mondiales du thon et de la pêche connaîtra certainement des méandres dans les prochaines semaines. Ensuite, beaucoup de personnes ayant leur propre commerce vont se retrouver affectées.

Comment les pays et les habitants peuvent se relever d’une telle catastrophe ?

De nombreux prêts et aides de l’international ont été accordés, mais la reconstruction sera très longue. De plus, entre les personnes ayant perdu leur domicile, leur travail, les enfants qui se retrouvent orphelins, un grand problème social va se poser. Il faudra non seulement reconstruire mais aider la population à retrouver une vie saine et normale. Le fossé social ne sera qu’amplifié dans ces zones où le niveau de vie est assez bas.

Propos recueillis par Luc CRESPON-LHERISSON

Source : Midi Libre

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