Algérie - Entretien avec Bernard Emie, Ambassadeur de France en Algérie

Entretien de M. Bernard Emie, Ambassadeur de France en Algérie, accordé au quotidien El Watan, dans le cadre du Salon International Alger-Industries qui s’est tenu du 5 au 8 octobre 2015 à la Foire internationale d’Alger.

Opinion  | 

Bernard Émié, Ambassadeur de France en Algérie

«Le partenariat algéro-français est impulsé par une forte volonté politique»

 

Rencontré à l’occasion d’une visite qu’il rendait au Salon international Alger-Industries, qui s’est tenu du 5 au 8 octobre 2015 à la Foire internationale d’Alger, Son Excellence l’ambassadeur de France en Algérie, Bernard Emié, a répondu à nos questions relatives aux relations économiques entre nos deux pays. Illustrant l’état de la coopération par des actions concrètes déjà mises en œuvre ou en voie de l’être, il qualifie les relations économiques entre la France et l’Algérie de «très positives» et affiche son optimisme quant à la poursuite de cette dynamique impulsée, affirme-t-il, «par une forte volonté politique».

- Les relations économiques algéro-françaises ont pris un essor considérable ces quinze  dernières années dans un contexte financier particulièrement favorable à l’Algérie. Pensez-vous que cette tendance aura des chances de se maintenir si le déclin de nos recettes d’hydrocarbures venait à compromettre gravement l’attractivité du pays ?

Les relations économiques entre la France et l’Algérie sont effectivement très denses. Ce sont essentiellement des relations de partenariat et d’investissement. Nous investissons beaucoup en Algérie dans le cadre des délocalisations. Vous le voyez concrètement à travers les initiatives de Renault, Peugeot, Sanofi et Bel, par exemple, d’autres, comme pour l’industrie des phosphates, sont en cours de préparation. Si ces bonnes relations ont des chances de le rester à l’avenir, comme vous m’avez posé la question, ma réponse est évidemment oui.

L’Algérie est effectivement comme d’autres pays pétroliers dans une période de forte baisse des cours du brut, mais son gouvernement prend, ce qui est tout à fait normal, des mesures pour restreindre les dépenses et diversifier son économie. Les projets majeurs sont toutefois maintenus et ceux qui sont déjà en chantier se poursuivent normalement. Nous continuerons à être actifs et présents dans tous les domaines. Personnellement, je continue à être extrêmement optimiste pour le moyen terme.

- Le Forum des chefs d’entreprises a souvent interpellé les entreprises du Medef sur la nécessité de passer au plutôt de la logique purement commerciale qui caractérise les relations avec l’Algérie à une logique de partenariat industriel. Quel est votre avis sur la question ?

Mais nous faisons déjà ensemble !!! Ce partenariat industriel que vous évoquez est largement engagé. Je le constate à travers ce Salon international Alger-Industries bien organisé, où je me trouve et je profite de l’occasion pour rendre hommage à tous ceux qui l’organisent et, tout particulièrement, aux nombreuses entreprises de la région Rhône-Alpes qui ont fait le déplacement, précisément pour trouver des opportunités de partenariats industriels avec des entreprises algériennes.

Il faut savoir que plus de 500 entreprises françaises, offrant quelque 140 000 emplois directs et indirects sont déjà implantées en Algérie. Leurs investissements dépassent allégrement les 2 milliards d’euros. C’est un chiffre déjà considérable, mais nous n’avons pas l’intention d’en rester là. Renault s’est, comme vous le savez, installé de manière spectaculaire à Oran, en entraînant dans son sillage d’autres intervenants et c’est très bien.

Peugeot travaille également sur un projet qui verra, je l’espère, le jour en 2016, Alsthom et son partenaire algérien fabriquent depuis une année des rames de tramways à Annaba, Sanofi s’apprête à construire sa 3e usine pour fabriquer entre 70 et 75% des médicaments qu’elle vend habituellement à l’Algérie et le groupe BEL, qui fabrique «la vache qui rit», l’un des fromages français les plus prisés des Algériens, y construit également une usine.

Nous produisons déjà beaucoup ensemble et produirons sans doute encore davantage, lorsque ces unités de production entreront en activité. Je considère donc que les entreprises françaises sont vertueuses, car elles ne sont pas ici uniquement pour vendre et partir.  Je viens de discuter avec un patron de PME français qui vend de manière importante en Algérie et qui m’a affirmé réinvestir la totalité de ses gains dans la dynamisation de son activité et dans la formation de ses cadres et travailleurs.

- Cette dynamique de partenariat industriel entre les entreprises françaises et algériennes a-t-elle des chances de se poursuivre en cas de fort déclin de nos recettes pétrolières ?

Cette dynamique a de bonnes chances de se poursuivre et, pourquoi pas, de s’amplifier, parce qu’elle est impulsée par une forte volonté politique. Si cette volonté est parfaitement relayée, comme c’est actuellement le cas, par les entreprises, cette dynamique a toutes les chances de se poursuivre et de prendre de l’ampleur à condition, bien entendu, que l’environnement des affaires soit constamment amélioré et que les règles juridiques soient suffisamment stables, car ce qu’on reproche à l’Algérie ce sont précisément le climat des affaires encore trop contraignant et les règles juridiques qui changent un peu trop souvent.

- C’est aux chefs d’entreprises et non pas aux  politiques, que devrait normalement revenir le choix des partenaires industriels. Vous en convenez ?

Nous croyons effectivement beaucoup aux relations des entreprises entre elles. Les structures consulaires, gouvernementales, publiques et autres sont là uniquement pour les aider, les encourager et les accompagner. Nous ne faisons pas à la place des entreprises. Ce sont elles qui décident. Ce sont leurs dirigeants qui prennent souverainement leurs décisions dans un environnement qui leur offre des choix entre diverses stratégies d’investissements extérieurs. Et pour avoir plus  de chances d’attirer les investissements, l’Algérie doit faire davantage d’efforts pour se montrer attractive.

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